Retards, explosion des coûts, l’affligeante « affaire » du Conservatoire de Mérignac

Intervention de Rémi Cocuelle en Conseil Municipal du 8 février 2019 – Seul le prononcé fait foi.


Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Le Conservatoire. La Maison Carrée. Voici un énième rapport sur cet affligeant projet. Affligeant bien entendu par sa gestion, non par sa nature.

Pour vous rassurer tout de suite, Monsieur le Maire, ce rapport, notre groupe va le voter. Comment  pourrions-nous faire autrement dès lors qu’il s’agit de vous autoriser à mettre un terme, malheureusement partiel, à une gabegie dont nous ne cessons de déplorer, depuis des années, et même avant ce mandat, l’irrésistible ampleur.

Les éléments contenus dans votre rapport, que vous portez à notre connaissance ce soir et que nous ignorions totalement jusqu’à présent, constituent une sorte d’apothéose dans la longue   litanie d’insuffisances, de dépassements de budget, de retards innombrables, de dates de livraison modifiées à de multiples reprises, de défaillances cadencées et à tous les niveaux, de manque total d’encadrement de ce projet, qui auront égrené avec régularité votre mandat.

Si la situation n’était pas aussi dramatique, on serait tenté de la qualifier de burlesque. Mais l’heure n’est pas à la plaisanterie et en l’espèce, c’est plutôt la consternation qui domine.

Combien de fois nous vous avons alerté sur la dérive de ce dossier ? Combien d’avenants contenant des augmentations de coûts avez-vous acceptés ? Combien d’atermoiements avons-nous dénoncés et que vous avez assumés ? Alors c’est vrai, l’honnêteté nous oblige à reconnaître qu’il vous est arrivé, au cours du Conseil Municipal du 20 décembre 2017 notamment, d’avouer que la gestion de cette opération était, je cite, « pas terrible ». On apprécie l’euphémisme. Mais cela vous dédouane-t-il pour autant de votre responsabilité dans ce mauvais feuilleton qui dure depuis des années, et qui, compte tenu ce que nous apprenons ce soir, et de ce que cela induit pour l’avenir, ne va pas s’arrêter en 2019 ? Bien sûr que non.

La Maison Carrée est devenue un bateau ivre, Monsieur le Maire, et constatons, que si les arts et la culture devraient y resplendir, nulle note poétique ne vient couvrir le bruit disgracieux des marteaux-piqueurs et le rythme erratique des travaux désordonnés.

Nous pouvons entendre toutes les explications : difficultés techniques, marchés infructueux, départ d’un des membres du groupement en cours de route, et j’en passe. Un chantier de rénovation n’est jamais simple, nous le savons, mais en l’espèce, l’impression qui domine est l’amateurisme total dont vous avez fait preuve depuis le départ dans son approche. Avant le début de votre mandat, sous celui de votre prédécesseur, mais dont vous étiez un éminent et influent adjoint, le projet était pharaonique, d’un coût que vous annonciez en 2010 de 13 500 000 €, mais qui s’était très vite avéré supérieur, jusqu’à 17 millions d’euros. Après un rétropédalage dû à des aspects techniques, notamment sur une partie prévue enterrée, mais surtout à des problématiques de copropriété qu’il aurait été aisé d’identifier en amont si les démarches avaient été faites préalablement, comme la plus élémentaire des précautions l’eut imposé, il a été décidé de se concentrer sur les travaux afférents uniquement à la Maison Carrée et ses abords immédiats. Vous annonciez, au début de votre mandat, un coût prévisionnel de travaux de 3 887 000 €, montant qui figure dans votre rapport. Comme le plus souvent, la note, intermédiaire, car il est, au regard de notre débat, bien trop tôt pour parler de note finale, est bien supérieure puisque dans le budget que votre large majorité a voté le 19 décembre dernier, le coût des constructions est inscrit pour 4 700 000 €, soit 21 % d’augmentation. Mais le pire n’est pas là. Si l’on rapporte le montant pléthorique des 2 millions d’euros d’honoraires d’architecte au coût global de l’opération, l’on constate que cela représente près de 30 % de l’enveloppe totale. 30 % d’un budget donc, pour un architecte dont vous nous informez, ce soir, de l’impéritie !

Sur cette incompétence, ces manquements, ces insuffisances, que vous listez dans votre rapport, vous savez qu’il existe des garde-fous, des moyens d’action.

  • Avez-vous informé par exemple le Conseil de l’Ordre des Architectes compétent territorialement ?
  • Avez-vous pensé à mettre en jeu la garantie décennale du maître d’oeuvre ?

Nous espérons que vous répondrez à ces questions légitimes.

Et puis l’une des conséquences de cette lamentable affaire est qu’il faut repartir avec un nouvel architecte, une nouvelle mission, de nouveaux honoraires, un nouveau calendrier. Sur le calendrier précisément, l’on sait que l’on peut oublier une livraison en 2019. L’on sait aussi, puisque vous l’avez annoncé dans la presse dès avant la tenue du présent Conseil Municipal, que la livraison n’aura pas lieu en 2020. La Maison Carrée ne sera donc en fonction qu’en 2021. 12 ans. 12 ans au total pour qu’une rénovation aboutisse. Il aura fallu quatre ans pour la construire, et cela était à la fin du 18ème siècle. Douze  ans seront donc nécessaires pour la rénover. Cherchez l’erreur.

Un délai inconcevable et un coût hors normes. Car les chiffres cités il y a quelques instants ne sont pas définitifs. Une nouvelle consultation d’entreprises, le choix d’un nouveau maître d’oeuvre avec les honoraires qui en seront les conséquences, et puis les incertitudes sur d’éventuels recours. Au bout du compte, une ardoise qui va encore s’agrandir, et dans des proportions inconnues.

Monsieur le Maire, en cette période de voeux qui vient de s’achever, nous ne saurions que trop vous conseiller d’être prudent pour les prochains, qui seront les derniers de votre mandat.

En effet, il y a un an, les cartes de voeux de la Ville, réussies par ailleurs, étaient égayées par la jolie formule : « Cette année, la Maison Carrée s’ouvre aux arts ». Celle-ci s’étant ouverte en 2018 oui, mais à des activités bien moins culturelles et esthétiques, une retenue de bon aloi devra vous éviter de communiquer sur d’autres promesses de votre campagne que vous n’aurez pas tenues, qu’elles soient aquatiques ou paysagères par exemple.

La conclusion de tout cela est qu’on ne peut qu’être stupéfaits devant une telle gabegie, un tel manque d’anticipation et de professionnalisme, une fois de plus, dans la gestion d’une importante opération d’investissement.

Nous évoquions, au Conseil Municipal de Décembre, à l’occasion de votre projet de 9ème Parc, la crainte que le prix à payer par les contribuables mérignacais soit très lourd. Aujourd’hui, la crainte monte d’un cran, sinon de plusieurs. L’improbable opération de rénovation de la Maison Carrée apporte fâcheusement ses pierres à l’édifice.

 

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