Stade nautique : un coût faramineux et non maîtrisé

Intervention de Rémi Cocuelle en Conseil Municipal du 5 novembre 2018

 

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

 

À la présentation de ce rapport, notre première réaction est de dire : Enfin !

 

Enfin, car que de mystères, que d’approximations, que de non-dits, que de retard à l’allumage dans ce dossier, lequel, faut-il le rappeler, était considéré Monsieur le Maire, par vous et votre équipe, comme l’équipement-phare de votre mandat et, corollaire évident, investissement financier le plus lourd.

 

Or votre mandat a débuté il y a bientôt 5 ans pour s’achever dans un peu plus d’un an. Les Mérignacais peuvent donc d’ores et déjà faire le triste constat que ce que vous leur avez promis dans votre campagne ne sera pas tenu. En tous cas pas dans le temps du mandat qui vous a été accordé. Alors, bien sûr, vous aurez beau jeu d’objecter les raisons, réelles ou supposées, qui prévalent à la lenteur de l’émergence de cet équipement. On a pu en entendre certaines, tout à l’heure : la complexité de l’opération ou l’articulation atypique de son portage du fait de l’existence conjointe de deux collectivités. Il n’en reste pas moins que la leçon qu’à cet instant chacun peut tirer de ce retard, c’est votre impréparation totale en 2014 à assumer un tel projet et l’improvisation qui en a été la conséquence logique à la suite de votre élection.

 

Avant d’aborder les points particuliers que vous soumettez à notre approbation, il est utile de souligner quelques exemples qui sont autant d’évidences de votre impéritie dans la gestion de ce dossier.

 

1/ Son implantation

Pendant trois ans, les occasions, rares, où vous évoquiez le sujet, vous projetiez de construire le futur stade nautique à l’emplacement de l’actuel. Et puis sous la pression conjointe des associations utilisatrices et du public, vous vous êtes aperçu, avec une lucidité bien tardive, que les Mérignacais ne pourraient plus nager dans leur commune pendant la durée des travaux, c’est-à-dire pendant deux voire trois ans. Il s’est agi alors de trouver une solution alternative et c’est à proximité du stade Jean-Badet que vous avez choisi d’implanter le futur équipement. On nous précise dans le rapport que ce sera sur une parcelle de deux hectares au sein du complexe sportif Robert Brettes. Primo, il aurait été éclairant, pour l’ensemble des conseillers municipaux, qu’un plan soit annexé afin que l’emplacement exact soit correctement identifié.

 

Secundo, cela signifie qu’il est plus que probable que cela impactera des équipements sportifs existants, courts de tennis ou terrain de rugby. On va donc déshabiller Pierre pour habiller Paul.

 

2/ Son calendrier

 

Les atermoiements dans ce dossier, les quatre ans et demi qu’il vous aura fallu pour nous soumettre ce premier rapport de lancement de l’opération, sont la traduction d’un manque flagrant d’anticipation et de capacité d’analyse de la mise en oeuvre d’un tel projet. Le pire est que cela ne s’arrête pas là. En février 2016, vous déclariez que les travaux débuteraient durant l’automne 2017, nous savons ce qu’il en est, et également qu’il y aurait deux ans de chantier. Affirmations que vous confirmiez au cours du Conseil Municipal du 4 avril 2016. Or, aujourd’hui, dans le calendrier annexé à votre rapport, vous nous apprenez que pas moins de quatre ans à compter de ce jour vont être nécessaires pour mettre en service l’équipement. Ce dernier sera donc passé allègrement d’une inauguration au cours de votre mandat à une livraison au moins deux ans et demi après l’achèvement de celui-ci. Considérons que c’est un minimum, parce que si l’on se réfère à la durée de réalisation de votre deuxième investissement le plus onéreux, la Maison Carrée, il y a de quoi être inquiet.

 

3/ Son coût, et là n’est pas la moindre de vos défaillances

Nous nous étions habitués, depuis 2014, à voir inscrite dans votre PPI, au bout de la ligne « Stade nautique », la somme de 10 millions d’euros. Et puis, il y an, au cours du Conseil Municipal du 13 novembre 2017, que ne vit-on apparaître ? Une actualisation, comme vous l’aviez délicatement qualifiée à l’époque, de 5,6 millions d’euros. 56 % d’actualisation, excusez du peu. Désireux sans doute de confirmer votre excellence dans l’inflation, vous atteignez une sorte de record ce soir, puisque le montant d’investissement que vous envisagez pour la Ville n’est déjà plus de 15,6 millions, et vous devez la vérité aux Mérignacais, il ne sera même pas de 16,9 millions comme indiqué improprement dans la projection financière figurant dans votre rapport, mais de 21,4 millions euros. 21,4 millions euros, somme qui pour une raison mystérieuse, n’apparaît pas inscrite noir sur blanc dans le rapport. 21,4 millions d’euros c’est bien en effet la quote-part de la Ville, 43 %, appliquée d’une part à la Contribution Initiale d’Investissement, 10 millions, soit 4,3 millions euros, d’autre part à la Contribution Forfaitaire d’Investissement, 39,9 millions, soit 17,1 millions euros.

 

 

4,3 millions + 17,1 millions = 21,4 millions euros ; le compte est malheureusement bon.

De 10 millions, il y a un peu plus d’un an, le coût prévisionnel d’investissement pour Mérignac sera donc passé à 21,4 millions. Du simple au double. Les chiffres sont têtus, Monsieur le Maire, et on voit mal quelles arguties vous allez pouvoir utiliser pour justifier une augmentation aussi déraisonnable, sauf à ne pas reconnaître votre terrible manque d’anticipation de la complexité et de l’envergure d’une telle opération. Le principal reproche qu’objectivement, il doit vous être fait dans cette affaire, va au-delà de ce que vous nous présentez ce soir. Oui, le coût sera très élevé, ce n’est une surprise pour personne sauf peut-être pour vous. Oui, les délais de mise en oeuvre d’une telle opération sont très longs, et c’est dès la promesse de sa réalisation qu’il eut fallu l’annoncer. Oui, les aléas sont nombreux, et l’honnêteté doit vous conduire à affirmer qu’il y en aura forcément et qu’ils alourdiront, et le coût et les délais de réalisation.

 

Notre désapprobation Monsieur le Maire, que chacun pourra faire sienne, est sur l’articulation initiale de votre engagement envers les Mérignacais, sur le choix pusillanime d’avoir préféré taire les difficultés inhérentes au projet et d’en masquer le coût réel plutôt que d’en assumer sa complexité et d’en afficher d’emblée le montant exorbitant.

 

Dans ces conditions, vous avez beau jeu de nous demander, en conclusion de votre rapport, de nous prononcer, d’une part sur le mode de gestion du stade nautique, d’autre part sur les conventions de groupement d’autorités concédantes et des aspects patrimoniaux et financiers de l’opération.

 

Sur ce dernier point, la répartition des fonctions, missions, responsabilités et contributions financières respectives des deux collectivités que sont Bordeaux Métropole et la Ville de Mérignac est clairement identifiée et n’appelle pas de commentaires particuliers, à l’exception de remerciements que nous souhaitons adresser tant aux services de la Métropole qu’aux services de la Ville qui travaillent sur le sujet, remerciements pour leur professionnalisme et la qualité de leur implication dans ce dossier.

 

Sur le mode de gestion, l’analyse documentée qui nous est présentée incline à privilégier, comme vous le faites, le choix de la concession. Si l’initiative prise de déterminer d’ores et déjà le mode de gestion est positive, pour une fois que quelque chose est anticipé, nous n’allons pas nous en plaindre, il subsiste quand même un arrière-goût amer à constater que les dés sont déjà jetés avant même que les élus ne se soient prononcés. Vous balayez notamment, un peu expressément à notre avis, la gestion en régie, au prétexte principal que nos collectivités ne disposent pas du degré d’expertise requis pour en traiter la complexité. Mais pour encadrer le personnel existant et compétent du stade nautique, serait-il si compliqué de recruter un directeur qualifié, rompu à ce genre d’équipements ? Serait-il impossible de souscrire l’ensemble des contrats de maintenance et d’entretien, y compris les plus techniques, avec les sociétés spécialisées, comme vous le faites par ailleurs ? Serait-il inenvisageable de sous-traiter la politique commerciale, de marketing et de communication ? Bien sûr que non. Et puis, appelons les choses par leur nom : dans le monde des sociétés spécialisées dans la gestion des complexes aquatiques, il a pu être constaté, parfois et pour certaines, des méthodes peu orthodoxes qui, dans certains cas, ont même pu donner lieu à des procédures judiciaires. Il vous appartiendra donc, Monsieur le Maire, d’exercer une vigilance attentive sur les membres du groupement qui sera choisi, notamment pour la partie exploitation.

 

Subsiste également un doute sur la politique tarifaire et le business plan annoncé en matière d’affluence.

 

Concéder la gestion c’est abandonner la maîtrise des recettes et des dépenses. Malgré l’attention que vous indiquez porter à ce que seront les tarifs pratiqués, le gestionnaire devra faire tourner son compte d’exploitation et il sera difficile de l’empêcher d’adopter une politique de prix qui lui permettra de le faire.

 

Et puis 472000 entrées publiques par an, donc hors scolaires et associations, projetées dans le rapport, soit en moyenne 1300 par jour puisque l’équipement sera ouvert 7 jours sur 7, cela paraît extrêmement optimiste.
Ce qui est très déplaisant dans ce dossier, Monsieur le Maire, c’est qu’au retard considérable dû à l’indigence de sa préparation et de sa réflexion préalable, il n’y a eu aucune sollicitation des élus de Mérignac pour en décider l’ampleur, les contours, les grandes lignes de la conception et la nature des équipements. On nous présente ce soir un paquet bien ficelé, avec pour seule variable d’ajustement la réalisation ou non d’un bassin de plongée. Il faut qu’ici chacun ait à l’esprit qu’en pareille situation, dans n’importe quelle collectivité, le préalable est le choix d’un programmiste, d’une société spécialisée qui va  proposer des lignes de force, des options, une recherche de cohérence. Et certaines de ses hypothèses sont à la suite validées par les élus, après un examen approfondi des avantages et inconvénients de chaque option. Or là, rien de tout cela. Si programmiste il y a eu, ce que nous espérons, son travail est resté bien confidentiel. Mesdames et Messieurs les élus, ce que l’on vous demande aujourd’hui, c’est de valider le mode de gestion future, ce qui signifie que vous allez voter pour une action dont l’exercice principal ne débutera que dans 4 ans ! Quatre ans dans le meilleur des cas, soit dit en passant.

 

Nous savons de surcroît, puisque cela figure dans votre rapport, que le projet a été présenté il y a un an aux agents de la Ville concernés, ce qui est bien entendu très bien, mais cela veut dire que le programme que vous annoncez ce soir est établi depuis longtemps et qu’à aucun moment vous n’avez cru bon en faire état aux élus, et au-delà et bien plus grave, aux citoyens. Tout cela n’est pas très sérieux Monsieur le Maire, et il vous appartient désormais de reconnaître que votre approche de ce dossier est catastrophique.

 

Catastrophique et d’une ingénuité qui pourrait être touchante si elle ne mettait pas en cause à la fois la confiance qu’une majorité des Mérignacais vous ont accordée et votre capacité à gérer la réalisation d’équipements sortant de l’ordinaire et la mise en oeuvre des budgets considérables qui y sont associés.

 

Monsieur le Maire, comment afficher benoîtement que le futur stade nautique ne coûtera qu’1,7 millions d’euros par an à notre collectivité, soit seulement 100.000 euros de plus que les dépenses annuelles du stade nautique Jean Badet ? Nous savons d’ores et déjà que ce montant est erroné puisque sur la base des sommes rectifiées il y a quelques instants, nous en serions déjà à 1,850 millions par an. Peut-on raisonnablement considérer qu’au terme de la durée de 20 ans à compter de la livraison de la concession, tout pourra continuer sur les mêmes bases inconséquentes, alors que la vieillesse de l’équipement engendrera inévitablement des travaux de réfection ou de restructuration rendus obligatoires par son obsolescence, quand bien même le Gros Entretien-Renouvellement serait prévu pendant la durée du contrat de concession ?

 

Il vous faut donc, Monsieur le Maire, affirmer maintenant devant nos concitoyens, que votre projet-phare, dont vous avez claironné maintes fois qu’il n’impacterait le budget de la Ville qu’à hauteur de 10 millions d’euros, va coûter à nos concitoyens au bas mot 21,4 millions, sans compter les actualisations et dépassements inévitables. Et l’habillage financier dont vous assortez votre impéritie en la matière, en étalant la dépense sur 23 ans en même temps que les charges d’exploitation, n’y change rien. Parce que la réalité est bien celle-là : ce qui aurait dû être l’équipement majeur de votre mandat ne le sera pas, et quand viendra l’heure de faire les comptes, il s’avèrera dispendieux.

 

Nous nous abstiendrons sur ce dossier, car si la nécessité de réfection du stade Jean Badet est importante, comme vous l’affirmez vous-même en préambule de votre rapport, le choix de le démolir et d’en reconstruire un, d’un coût faramineux et non maîtrisé, est une option qui contrevient à l’intérêt bien compris des Mérignacais.

 

 

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